Quand même, ils sont fous, les gens. Vivre sous terre, comme ça, et dans l’bruit, en plus. La plupart font que passer, c’est sûr, d’une rame à l’autre, d’la maison au boulot, mais quand même. Ils prendraient l’bus, au moins y verraient l’soleil, ’fin au moins la lumière du jour, quoi.
Moi j’y passe mes journées, sous terre.
Enfin, faut d’tout pour faire un monde, qu’elle disait ma mère. Et quand les gens viennent me voir, c’est qu’ils en peuvent plus, qu’ils ont pas l’choix, et pourtant, ni bonjour ni au r’voir, j’suis comme pas là, pour eux. Si y savaient, si j’étais pas là, dans quel état ce s’rait ici, au moins ils m’regard’raient, ils m’remercieraient p’t’être, même. Des fois ils m’font un p’tit sourire, mais ils sont trop pressés, les gens, ils pensent plus à prendre le temps, même quand ils s’soulagent ici, faut qu’ils aillent vite. Des fois qu’ils loupent la rame, sûr’ment.
Tout ça pour s’entasser avec les autres, dans l’bruit et la chaleur étouffante.
Ils courent après l’temps, l’argent aussi sûr’ment, après l’bonheur, j’suis sûre.
M’est avis qu’ils vont trop vite.
Mon boulot est pas terrible, c’est sûr, mais j’suis bien contente d’avoir juste à r’monter l’escalier pour revoir le jour après l’boulot. Pour marcher le long des rues jusqu’à mon tout p’tit chez moi.
Et pour voir les sourires d’mes mômes en arrivant. C’est ça, l’bonheur.
Ce petit texte participe à l'atelier écriture proposé par le blog Bric à Book.